Grossesse Pour Abandon : On n’encadre pas une mauvaise pratique on la combat

Avant d’encadrer une pratique, on se demande d’abord si ses effets sont positifs ou si au contraire ils sont néfastes. Exiger un cadre légal pour la GPA (Gestation Pour Autrui), au seul motif qu’une pratique existe escamote complètement le débat éthique. Nous pensons que la Belgique doit rallier le camp des pays qui ont interdit toute forme de GPA comme la Suède, la Norvège, l’Espagne, l’Italie, la France et tant d’autres pays. Les raisons de s’opposer à cet esclavage moderne sont légion. (Soulignons que la GPA est ici envisagée en dehors de toute considération sur la nature des couples ou des personnes individuelles qui y ont recours.)

Le sujet de la maternité pour autrui a été discuté en Belgique à partir de propositions de loi en 2005, puis en 2010. Depuis le 9 février 2015, la question fait l’objet d’auditions d’experts au Sénat. Or, la pratique des mères porteuses réduit la femme à un objet qui peut prêter, louer son corps. Accepter la GPA, c’est nier le combat de dizaines d’années de féminisme. Accepter la GPA, c’est réduire la femme à un rôle purement instrumental dans le cadre d’un contrat qui règle les détails de la grossesse (prise en charge des soins, malformations éventuelles de l’enfant, régime alimentaire de la mère porteuse etc. ). Qu’on le veuille ou non, la GPA induit une réification (chosification) du corps de la femme, une forme d’asservissement où les femmes les plus fragiles, les plus pauvres, porteront l’enfant des plus favorisés. Il est inacceptable que la mère porteuse mette sa santé en danger et doive parfois subir des conséquences psychologiques lourdes afin de satisfaire le désir de certains qui revendiquent « un droit à l’enfant ». Comme le résume fort bien Sylviane Agacinsky : « La GPA est-elle conforme à notre conception de l’être humain ? (…) En effet, dans le cas de la maternité pour autrui, il s’agit de prêter (ou de louer plutôt) son utérus. Autant les risques liés à une grossesse – les bouleversements hormonaux considérables – prennent sens dans la vie d’une femme qui veut devenir mère, autant il semble inconcevable de s’y exposer pour faire un enfant à la place d’une autre. (…) En dépossédant la femme de sa vie organique, la gestation pour autrui porte atteinte à la dignité de la femme. »

En outre, la pratique des mères porteuses conduit à la réification de l’enfant qui est commandé, fabriqué et livré et éventuellement facturé et payé dans le cas de la GPA commerciale. Autrement dit, l’enfant est traité comme une marchandise commandée pour satisfaire un besoin. La GPA entraîne également un brouillage de la filiation. L’enfant peut avoir jusqu’à cinq parents : une mère biologique, un père biologique, une mère porteuse, une mère légale et un père légal, ce qui peut entraîner les flottements que l’on devine dans la construction de son identité.

On le voit, la GPA ne peut absolument pas être « éthique » quoiqu’en disent ceux qui la pratiquent. Encadrer légalement la GPA en légitimerait le principe et favoriserait son développement commercial. Lorsque la Grande-Bretagne a légalisé la GPA, on a vu son nombre augmenter aussi bien chez elle qu’à l’étranger. Le cadre légal britannique trop strict pousse davantage de parents d’intention à recourir à une mère porteuse en Inde, en Ukraine ou ailleurs, là où les conditions sont moins contraignantes. Une fois la GPA légitimée dans son principe, on assistera inévitablement à son extension et à sa banalisation progressive.

Il est nécessaire que le législateur en revienne aux fondamentaux. L’intérêt de l’enfant et la dignité des femmes doivent rester au centre de ses préoccupations. Nous voulons croire qu’il est possible d’interdire la GPA en Belgique, en vertu du respect des femmes, de leur liberté réelle plutôt que formelle, ainsi que du respect des enfants. Les femmes et les enfants ne sauraient être utilisés comme des choses et des instruments au service des désirs d’autrui. Des alternatives pour régler la situation juridique des enfants nés à l’étranger et présents sur le sol belge sont concevables et réalisables.

Il est indispensable de lutter efficacement contre toute forme de publicité et de recrutement de clients belges par le biais d’agences internationales qui proposent la location de mères porteuses. Enfin, il faut travailler en vue de l’adoption d’une convention internationale qui interdise la pratique des mères porteuses, en s’inspirant des conventions internationales qui sanctionnent la traite des êtres humains. Il en va du respect de la dignité des femmes et des enfants !

 

Signataires de cette carte blanche :

Isabella Lenarduzzi, Fondatrice de JUMP « Promoting Gender Equality, Advancing the Economy »
Béatrice Ercolini, Rédactrice en Chef de ELLE Belgique
Etienne Dujardin, Juriste
Josina Kamerling, Head of Regulatory Outreach
Xavier Lombard, Créateur d’entreprises
Anne Tonglet, Active au Conseil des Femmes
Galaad Wilgos, Vice-président du Cercle du Libre Examen

 

 

Our videos