Apparence physique : les femmes sont toujours perdantes

Malgré les progrès réalisés en la matière, le combat pour l’égale liberté des hommes et des femmes n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les femmes continuent à être victimes de violence et de harcèlement, à gagner moins, à être sous-représentées dans les fonctions dirigeantes et à assumer la part la plus importance de la prise en charge des enfants et des tâches domestiques 1. Ces diverses inégalités constituent autant de formes de domination qui limitent leur possibilité de définir librement leurs identités et projets personnels. Tentons ici de se concentrer sur les contraintes esthétiques qui, en soumettant en permanence les femmes au jugement d’un regard extérieur, représentent une forme de domination contraire à la libre disposition de leur corps et de leur apparence 2.

Les stéréotypes sur l’apparence qui réduisent les femmes à des objets sexuels pullulent, que ce soit à la télévision, dans les magazines, la pornographie ou la publicité. Cette image de la femme-objet sert bien entendu l’industrie de consommation en poussant les femmes à acheter moult vêtements et produits censés leur permettre d’atteindre l’apparence « idéale », combinant jeunesse et minceur le plus longtemps possible. Si l’utilisation commerciale de certains canons de beauté épargne de moins en moins les hommes, la surabondance des images de la femme-objet va de pair avec des exigences de jeunesse et de beauté bien plus grandes pour les femmes, engendrant d’ailleurs avant tout chez celles-ci des conséquences psychologiques délétères 3.

Anciennes et nouvelles contraintes

Bien que beaucoup de femmes intègrent et reproduisent docilement ces critères, on peut difficilement parler d’une véritable liberté dans ce domaine. Imaginons un court instant un monde dans lequel les femmes seraient considérées avant tout comme des personnes, jugées sur leur caractère et leurs qualités intellectuelles plutôt que sur leur pouvoir de séduction. Pensez-vous sérieusement qu’elles passeraient autant de temps à s’épiler, se maquiller, se coiffer ou faire les magasins ? Souffriraient-elles le désagrément de porter des hauts talons ? Sortiraient-elles les jambes nues ou couvertes de bas légers en plein hiver ? N’est-il pas plus probable que beaucoup d’entre elles porteraient des pantalons larges, de confortables chaussures plates et laisseraient à leurs cheveux et à leur visage une forme naturelle ? La coquetterie deviendrait certainement une affaire de goûts personnels plutôt que de sexe, certains individus, hommes ou femmes, accordant plus de soin que d’autres à leur apparence.

Les standards esthétiques ne sont donc pas seulement le fruit d’un système économique basé sur la consommation. Reflétant un rapport de domination général entre les sexes, ils sont plus contraignants pour les femmes que pour les hommes et répondent davantage aux goûts de ces derniers. Projetons-nous maintenant dans un monde virtuel dominé par les femmes. N’est-il pas probable que les critères de beauté pesant sur les hommes y seraient à la fois différents et plus exigeants ? L’homme idéal serait peut-être grand, musclé et bronzé, viril d’apparence mais soucieux de varier les tenues et les coiffures. Peut-être même que de nouveaux vêtements ou bijoux apparaîtraient pour rendre les hommes plus séduisants aux yeux de la gent féminine, tandis que celle-ci pourrait prendre des kilos sans conséquence sur son pouvoir d’attraction et pourrait se permettre de n’avoir que deux ou trois tenues types adaptées aux différents contextes de vie. En d’autres termes, le degré d’exigence des critères de beauté serait inversé, alourdissant la vie des hommes et allégeant celle des femmes.

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