Miss Pérou: pas de mensurations, mais les chiffres des violences faites aux femmes

En pleine retransmission télévisée du concours national de beauté au Pérou, les candidates ont cité le nombre de “féminicides” perpétrés dans leur pays.

“Mon nom est Camila Canicoba et mes mensurations sont: 2202 féminicides en neuf ans dans mon pays.” L’élection de Miss Pérou, retransmise en direct à la télévision dimanche 29 octobre, a été détournée par les candidates pour dénoncer les violences faites aux femmes.

Lors de leur présentation au public, dimanche soir dans un grand théâtre de Lima, à la place de leur tour de poitrine, de taille et de hanche, les 23 finalistes du concours national de beauté ont énuméré d’alarmantes statistiques. Un moment étonnant, repéré par le média Brut.

“Une fillette meurt toutes les dix minutes [dans le monde] victime de l’exploitation sexuelle”, “plus de 70% des femmes au Pérou sont victimes de harcèlement de rue“, “81% des auteurs d’agressions sexuelles sur des jeunes filles de moins de 5 ans sont proches de la famille”, ont lancé ces jeunes femmes, en robes à paillettes dorées. Elles ont voulu notamment alerter sur les “féminicides”, ces meurtres dont les femmes sont victimes, précisément parce que ce sont des femmes.

Violence contre les femmes: le Pérou mal classé

Dans la foulée de l’affaire Harvey Weinstein, le producteur de cinéma hollywoodien déchu, accusé par des dizaines de femmes de harcèlement, agressions sexuelles ou viol, cette tribune inhabituelle a été largement relayée sur les réseaux sociaux. “Malheureusement, il y a beaucoup de femmes qui ne savent pas et pensent être des cas isolés”, a déclaré l’organisatrice du concours Jessica Newton, Miss Pérou 1987. “La reine de beauté nationale doit être l’ambassadrice des femmes qui se tiennent debout, de toutes celles qui n’ont pas de voix”, a-t-elle estimé.

Selon elle, la violence touche tous les secteurs: sur les 150 candidates au concours, cinq ont été victimes de violences, “dont certaines de viol par un proche”. Le Pérou est le deuxième pays d’Amérique du Sud qui compte le plus grand nombre de femmes violées, derrière la Bolivie, d’après l’Observatoire de la sécurité citoyenne qui dépend de l’Organisation des États américains (OEA). En août 2016, des dizaines de milliers de Péruviennes étaient descendues dans la rue pour alerter sur les violences qu’elles subissent au quotidien.

Depuis le scandale Weinstein, les dénonciations de harcèlement sexuel et de violences subis par des femmes se multiplient ces dernières semaines, notamment sur Twitter et Facebook, via les mots-clés (hashtags) #Balancetonporc ou #metoo.

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