Cessez de faire de votre expérience des rapports femmes-hommes une généralité

Quand je vais dans des soirées, on me présente souvent en plaisantant comme «la féministe». J’ai mis du temps à réaliser que le petit sourire qui suit le qualificatif de «féministe» veut dire une chose: l’égalité femmes-hommes n’est pas un sujet sérieux. Un peu comme si on me présentait en disant «voici Titiou, elle collectionne les boîtes de camembert».

Mais la soirée n’est pas finie. La deuxième chose qui risque de se produire, c’est que quelqu’un, homme ou femme, nous l’appellerons Bob·ette, vienne me voir pour me reprocher d’aller «trop loin», à quoi j’ai pris l’habitude de répondre qu’en effet, je suis totalement radicalisée sur le sujet de l’égalité, je veux une égalité extrême.

La troisième chose qui se passe, c’est que Bob·ette m’explique que je fais fausse route. Là, le terrain devient miné. Comment lui faire comprendre, sans passer pour un être répugnant d’arrogance, que l’opinion de Bob·ette ne vaut pas un kopeck parce que Bob·ette n’a jamais rien lu sur le sujet? Bob·ette pense que sa simple existence lui suffit à savoir et que donc, son opinion et les analyses des spécialistes se valent. Bob·ette n’entend pas que les inégalités femmes-hommes dans notre société, ce n’est pas une opinion, c’est un constat basé sur des chiffres et des analyses. C’était frappant pendant la promo de mon livre sur les tâches ménagères. Il y avait toujours un homme, un Bob, pour venir me dire que je me trompais parce que sa femme était assez bordélique. Ah oui? Vous avez raison Bob, je vais immédiatement brûler les études statistiques, les ouvrages d’histoire, de sociologie, d’économie et de philosophie qui ne décrivent pas exactement le ressenti que vous avez sur votre situation individuelle.

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