Comment libérer votre entreprise du sexisme ?

Isabella Lenarduzzi, fondatrice de JUMP « Promoting Gender Equality, advancing the economy”

94% des femmes ont déjà été victimes de comportements sexistes sur leur lieu de travail et 9% y ont été agressées physiquement. Ce sont les résultats de l’enquête JUMP intitulée « Sexisme, bientôt fini ? » (3.294 réponses).  Mais ce sont toutes les enquêtes qui prouvent cet enjeu organisationnel. En France, d’après « Great place to work », les comportements sexistes arrivent en tête du palmarès (60 %) des freins à la carrière des femmes, suivis par la vie de famille/la maternité (55 %), la tradition propre à l’entreprise (40 %) et la tradition propre au secteur (28 %). Le manque de culture inclusive a un impact direct sur la qualité de vie au travail et sur les risques psycho sociaux, donc sur la performance de l’entreprise.

Peggy Johnson, vice-présidente exécutive de Microsoft groupe, a exprimé en 2018 à Davos à quel point le sexisme et le harcèlement sexuel pèsent sur la carrière des femmes. Ce n’est pas seulement leur moral et leur image d’elles-mêmes qui sont affectés, mais aussi leur énergie et le temps dépensé pour contourner les possibles situations de harcèlement. « Faire un grand tour du bâtiment pour ne pas passer devant le bureau de quelqu’un qui pourrait faire des remarques inappropriées ; ou écourter un rendez-vous avec un client pour éviter qu’il vous fasse des avances (…) Ça me met en colère quand j’y repense ». C’est en écoutant sa fille qui s’étonne du sexisme qui règne au sein de sa première entreprise, que Peggy Johnson prend conscience qu’elle a intégré cette injustice depuis toujours sans y avoir vraiment prêté attention « Je ne ris plus des blagues sexistes depuis que ma fille me l’a fait remarquer. ».

L’organisation mise en place par Sheryl Sandberg, autrice de « Lean In (En avant toutes) » et COO de Facebook, a fait une recherche sur le soutien que les dirigeants masculins apportent ou non à la carrière de leurs salariées. 60% des hommes aux Etats-Unis et 40% en Grande-Bretagne se déclarent « inconfortables » quand il s’agit de mentorer une femme, de travailler seul à seule avec elle ou de se retrouver au restaurant ou à des événements de networking en dehors de l’entreprise. Ce chiffre a triplé depuis le mouvement #MeToo ! Au-delà de l’impact catastrophique que ce manque de soutien peut avoir sur la carrière des femmes, la PDG de KPMG US, Lynne Doughtie, affirme que cela implique que les hommes pensent que les femmes sont toutes potentiellement des menteuses !

Pour renforcer la mixité et pour mettre tous les talents au service de l’entreprise, il ne s’agit certainement pas d’éviter toute situation qui pourrait prêter à confusion ni même de décider de ne plus faire de blagues ou de remarques déplacées, il faut avant tout reconnaître qu’aucune entreprise n’est épargnée par le sexisme et il faut s’engager personnellement et collectivement pour que la culture qui soutent l’organisation devienne inclusive de toutes et de tous.

Reconnaître le sexisme systémique de l’entreprise (quel qu’en soit son degré de gravité), ce n’est pas déclarer la guerre aux hommes. C’est au contraire le premier pas pour transformer l’entreprise pour s’assurer d’un environnement juste et méritocratique pour chaque salarié.e afin d’obtenir plus de performance et de garantir le respect des valeurs affichées de l’entreprise.

La mission de JUMP étant d’éliminer les inégalités entre les femmes et les hommes au travail, nous ne pouvions pas faire l’impasse sur un sujet aussi stratégique même s’il suscite de nombreuses résistances.

Notre enquête fut la première étape pour rendre quantifiable le phénomène du sexisme.
Ensuite, nous avons réalisé des outils de sensibilisation et de réponse pour les personnes :
– des tutoriels pour répondre aux agressions verbales : chacune des capsules présente une technique différente et explique comment répondre avec humour aux remarques discriminantes par le biais de l’autodérision, l’insolence, la pirouette ou encore le compliment. Les stratégies de réaction étant semblables que l’on soit victimes de sexisme, racisme ou d’homophobie, JUMP a décidé de couvrir toutes ces discriminations dans ses vidéos.

– un quizz pour tester sa sensibilité aux discriminations
Nous avons également construit une plateforme web qui reprend toutes les études, les rapports, les articles, les vidéos et les outils pour combattre le sexisme.

Mais donner des ressources aux individus ne suffit pas à transformer toute une société ou même une entreprise. Ce sont avant tout les dirigeants et les RH qui sont garants de la qualité de vie au travail.

Il était essentiel que nous mettions à leur disposition des solutions pour libérer leur entreprise des comportements désormais inacceptables.

– un premier guide « Libérez votre entreprise du sexisme »

– un deuxième guide pour aller plus loin « How to build an inclusive workplace » basé sur notre enquête auprès de 157 responsables de la diversité de grandes entreprises en Europe.
Ces deux manuels s’adressent spécifiquement aux gestionnaires de talents et aux dirigeant.e.s. Informatifs, concrets et riches de solutions, ils permettent un diagnostic de l’organisation et de ses propres comportements en tant que manager, et donnent des outils pratiques pour construire une organisation vraiment inclusive : comprendre – définir – identifier, le « business case de l’inclusion », les lois, l’impact des biais inconscients, la notion de culture dominante, comment s’évaluer et évaluer son organisation, quel est le rôle de chacun.e en fonction de sa position dans l’organisation, comment convaincre, quel plan d’action adopter et enfin s’inspirer des bonnes pratiques.

– une série de 15 posters à afficher dans les entreprises pour sensibiliser les salari.é.e.s au sexisme et aux discriminations croisées. Ils peuvent être personnalisés par l’entreprise avec son logo et son message spécifique comme par exemple, un rappel de la charte des valeurs et le contact de la « personne de confiance ».
Ces outils sont entièrement gratuits et disponibles par voie électronique ou par courrier postal.

Il ne peut y avoir de transformation sans compréhension et maîtrise. Nos outils libres d’accès sont la première étape du processus d’apprentissage. Il faut d’abord réaliser « qu’on ne sait pas » (l’incompétence consciente). Mais pour passer à l’étape d’après, il est très utile de réaliser un diagnostic de l’entreprise et de bénéficier d’un accompagnement ou de formations (« maintenant je sais et je pratique » ou la compétence consciente). JUMP met à disposition des entreprises sa longue expertise et les meilleur.es expert.es en Europe pour parvenir au stade où une majorité de personnes intègrent ces nouveaux comportements de façon naturelle et deviennent « compétents inconsciemment ».

« Nommer c’est dévoiler et dévoiler, c’est déjà agir » (Simone de Beauvoir)
Sans culpabilité mais avec humilité et responsabilité, on peut se libérer du sexisme et de toutes les autres formes de discrimination qui sont contraires à nos valeurs essentielles, qui minent notre bien-être et la performance de nos entreprises. On peut façonner des organisations plus inclusives avec les armes de la connaissance, de la vigilance et la mise en place d’actions individuelles et collectives qui, pour certaines, sont aussi simples qu’efficaces.

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