L'entrepreneuriat au féminin : pour un nouveau visage de l'économie bruxelloise en 2020

Interview de Céline Frémault, Ministre bruxelloise de l’Economie et de l’Emploi

En tant que ministre bruxelloise de l’Economie et de l’Emploi, vous avez décidé de faire du soutien à l’entrepreneuriat féminin un axe fort de votre action. Pourquoi ?

C.F. Les femmes à Bruxelles, de par leur grande diversité, représentent un potentiel d’idées, d’énergie, de talents, de qualifications, bref un vrai potentiel économique pour la Région. Mais il est insuffisamment encouragé et exploité. La Belgique, et singulièrement Bruxelles, accuse un déficit de femmes entrepreneures et de starters femmes,  en comparaison avec les autres pays européens. Pourquoi ? Les raisons sont à la fois d’ordre personnel et d’ordre collectif. Le Centre pour l’égalité des hommes et des femmes affirme que les femmes souhaitent des structures d’aide et d’accompagnement plus axées sur leurs spécificités. Or, rares sont les outils publics dédicacés à l’entrepreneuriat féminin en tant que tel. Dans le cadre de mon mandat ministériel, j’entends faire changer les choses : je veux enrichir le dispositif existant, je veux offrir de nouveaux horizons aux femmes bruxelloises, qu’elles soient entrepreneures ou désireuses d’entreprendre.

Comment comptez-vous procéder ?

C.F. Pour bien cibler mon action, la demande spécifique des femmes, j’ai d’abord chargé l’ABE de réaliser une étude sur le profil des femmes entrepreneures dans la capitale : les créatrices de leur propre emploi, les propriétaires de leur entreprise, les actionnaires majoritaires, les titulaires de professions libérales, les commerçantes … J’attends les résultats de ce screening d’ici l’automne.

Disposant de ces informations cruciales, nous allons alors  nous lancer dans la création d’un centre d’entrepreneuriat au féminin. Je m’appuierai sur le dynamisme des réseaux féminins de soutien et d’accompagnement des femmes entrepreneures existants. Je souhaite les fédérer autour de ce projet. Une  plate-forme sera mise sur pied. Elle réunira tous les acteurs et actrices soutenant l’entrepreneuriat au féminin, tout en rendant lisible l’action de chaque réseau qui promeut aujourd’hui cette dynamique.

Concrètement ?

C.F. Concrètement, le projet se déclinera de deux manières. D’un côté, la création d’un grand portail dédié à l’entrepreneuriat féminin, interconnecté avec les différents réseaux et jouant le rôle de « pool information » et de vitrine de l’entrepreneuriat féminin.  D’un autre côté, la création d’un espace collaboratif ou de co-working  pour les porteuses de projet et les femmes qui lancent leur entreprise. Cet espace sera campé dans un lieu sûr et agréable, offrant des services et des animations.

Les  femmes rentrantes sont aussi au cœur de vos préoccupations ?

C.F. Tout à fait. Je veux aussi soutenir davantage les femmes rentrantes, celles qui, vers la quarantaine, reviennent sur le marché du travail, après une période de 10-15 ans consacrée le plus souvent à l’éducation de leurs enfants. Nous allons créer une cellule spécifique – en phase de test actuellement – chez Actiris. Elles se verront proposer des formations de mise à jour de leurs connaissances et de leurs expertises, elles seront accompagnées dans la recherche d’un emploi mais aussi dans la création de leur propre emploi.  De cette façon, leurs valeurs professionnelles   acquises au fil de leur parcours précédent s’injecteront dans la richesse et la force humaine de la Région Bruxelloise.

Vous voulez donner des accents féminins à l’économie bruxelloise …

C.F. A travers ces initiatives, je souhaite aussi donner plus de visibilité aux femmes actives,  promouvoir une image constructive de l’entrepreneuriat au féminin : il faut arrêter de considérer l’entreprise comme une affaire majoritairement d’hommes.   Une économie monolithique résiste moins bien au temps. L’entrepreneuriat doit être pluriel, multifacettes, diversifié. Il doit aussi se conjuguer au féminin.  Il existe un modèle féminin de création d’entreprise qui doit mieux se faire connaître et s’affirmer.  La société en sera d’autant plus valorisée et apportera un nouveau visage à l’économie bruxelloise en 2020, j’en suis convaincue. Foi de femme !

 

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