L’innovation, une affaire de femmes

Elles ont été à l’origine de découvertes scientifiques. Elles ont participé à des aventures humaines, comme la conquête spatiale et l’informatique. Pourtant, qui connaît ces pionnières ? Alors que les femmes dans l’innovation se cherchent des rôles modèles, « La Tribune » rend hommage à toutes celles qui ont changé le monde – et continuent de le faire aujourd’hui.

Elle aura dû attendre un demi-siècle avant qu’un film, Les Figures de l’ombre, mette en valeur sa contribution à l’aventure spatiale américaine. Être mathématicienne de génie à la Nasa, un monde essentiellement peuplé d’hommes, n’était déjà pas chose aisée. Être noire dans l’Amérique de la Nouvelle frontière voulue par le président Kennedy, mais encore sous le joug de la ségrégation, la condamnait forcément à l’obscurité. Le président Barack Obama lui avait bien remis la médaille présidentielle de la Liberté, en 2015, mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’on l’interroge. Si Katherine Johnson, 99 ans en août prochain, est enfin en pleine lumière, combien sont-elles à demeurer, encore et toujours, dans l’ombre ?

Reine du logiciel et génie créatif

Pourtant, plusieurs femmes ont joué un rôle clé dans des innovations que l’on tient pour acquises aujourd’hui. Des Américaines, comme Margaret Hamilton, une autre mathématicienne de génie, qui a conçu le système embarqué du programme Apollo. Pas étonnant que Delphine Remy-Boutang, la fondatrice de la journée de la Femme digitale, ait voulu nommer le prix décerné à l’occasion de cet événement annuel « Margaret », en son hommage. Autre Américaine, et autre pionnière : Grace Hopper, contre-amiral de la marine et « reine du logiciel », puisque c’est elle qui a ouvert la voie à ce premier langage de programmation, en 1958. Quant à Ada Lovelace, elle a développé le premier algorithme informatique au monde, dès 1843 ! Sans oublier le système de codage des transmissions, toujours utilisé pour les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile ou le wi-fi, conçu par Hedy Lamarr, en

1942. D’autres se sont fait voler leurs découvertes, comme la chimiste afro-américaine Alice Ball, première femme lauréate d’un doctorat de l’université de Hawaï, qui est décédée avant d’avoir publié ses recherches sur le traitement de la lèpre, passées jusqu’à récemment dans l’Histoire sous le nom de son coéquipier…

À part les États-Unis, le reste du monde peut aussi s’enorgueillir d’avoir eu ses pionnières. D’Emmy Noether, une brillante mathématicienne allemande, Albert Einstein disait qu’elle était « le génie mathématique créatif le plus considérable depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures ». Le théorème de Noether fait en effet jeu égal avec la théorie de la relativité en importance. D’autres, comme Marie Curie, ont connu la consécration. Cette Franco-Polonaise reste en effet à ce jour la seule femme au monde à avoir reçu deux prix Nobel – le premier, de physique, avec son mari, Pierre Curie (et Henri Becquerel) pour les recherches sur les radiations, et le deuxième, de chimie, pour ses travaux sur le polonium et le radium. Autre Française, Françoise Barré-Sinoussi, chercheuse en virologie, qui a elle aussi reçu un Nobel, de médecine, pour sa participation à la découverte du VIH, avec Luc Montagnier, en 2008. Quant à l’Allemande Anna Maria Merian, ses observations naturalistes sur les papillons, au xviiie siècle, lui ont valu de figurer, au xxe, sur les derniers billets en deutsche mark, tandis que la Chinoise Huang Daopo, qui révolutionna, au xive siècle, l’industrie textile de l’empire du Milieu en concevant des machines novatrices de tissage et de filature, a désormais un cratère portant son nom sur Vénus.

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