Réjane Sénac, L’égalité sans condition. Osons nous imaginer et être semblables.

Livre après livre, Réjane Sénac poursuit le nécessaire travail de démystification de notre mythologie républicaine. Elle touche juste et, pour l’essentiel, convainc. Il s’avère que l’égalité inconditionnelle n’est envisageable qu’en se libérant de la dichotomie frères/non-frères héritée de la République.

 

Le lecteur sceptique, une fois l’ouvrage refermé, devra bien admettre qu’il convient de voir la réalité autrement. On lui avait si souvent vanté les mérites du modèle républicain, ses affinités électives avec l’universel, qu’il lui faudra la lucidité consistant à dépasser la dissonance entre ce qu’il pensait observer et ce processus de camouflage des inégalités de genre que décrit précieusement L’égalité sans condition. L’inégalité est d’abord, et fondamentalement, inscrite dans le choix des mots. Celui de fraternité possède une authentique noblesse que Réjane Sénac n’a nulle difficulté à reconnaître, notamment lorsque, au service d’une conception solidaire et cosmopolite, il dit la volonté d’inclure au-delà des frontières géographiques et identitaires. Mais, même dans cette acception, il reste paradoxal. Pour exprimer la solidarité (terme qu’elle préfère, parce que débarrassé de la référence à la famille et à la ressemblance héritée, à celui d’adelphité), ne doit-on pas faire l’économie d’une fraternité qui renvoie historiquement à une généalogie inégalitaire et excluante ?

Car, comme elle le démontrait dans son livre précédent, Les non-frères au pays de l’égalité, ce sont les « hommes blancs » qui tracent les limites du politique, « en termes à la fois de ce qui est politique et de qui est politique ». Autrement dit, l’exclusion des non-frères (les femmes et les non-Blancs) est constitutive de notre histoire et, dès lors, de notre capacité à penser l’avenir.

Read more

Our videos