Charge mentale : “Le perfectionnisme domestique étouffe les femmes”

Dans son ouvrage La Charge mentale des femmes… et celle des hommes, la psychiatre Aurélia Schneider analyse le concept de charge mentale, dont nous serions toutes et tous victimes, et livre les clefs pour s’alléger au quotidien. Précisions.

Comme beaucoup d’autres, vous êtes très probablement tombée sur la quarantaine de planches de la dessinatrice Emma, diffusées sur Facebook en mai 2017. La BD illustrait un concept connu de presque toutes, mais qui ne portait pas encore de nom, la «charge mentale». C’est aussi la première fois qu’Aurélia Schneider, psychiatre et spécialiste en psychothérapies comportementales et cognitives, entend l’expression. Peu de temps après, elle en tire un ouvrage, La Charge mentale des femmes… et celle des hommes (1), «à visée préventive et thérapeutique», précise-t-elle.

À travers 253 pages et d’après ses observations en cabinet, la médecin retrace l’évolution du concept à travers les époques, aborde la problématique de l’éducation genrée, et les facteurs de risque. Elle livre également des clefs pour se décharger et éviter le burn-out. Selon Aurélia Schneider, hommes et femmes sont tout aussi concernés par la charge mentale. Mais la professionnelle avance une hypothèse nouvelle qui expliquerait que les femmes y soient plus exposées. Leur rythme chronobiologique.

Lefigaro.fr/madame.- Dans votre livre, vous ne définissez pas seulement la charge mentale comme une inégale répartition des tâches ménagères au sein du couple, mais l’associez aux rythmes que nous impose la société au quotidien…
Aurélia Schneider.- 
Tout à fait. Selon moi, le concept revêt le coût psychologique et physiologique d’une accumulation de charges. C’est la capacité de penser à quelque chose quand vous êtes quelque part, tout en réfléchissant à une autre chose qui se passe ailleurs, et entre les deux d’envoyer un texto. J’ai beaucoup de patientes par exemple, qui sont sur leur lieu de travail mais qui ont leur portable dans leur poche, dans l’attente d’un sms de leur enfant qui prend seul le bus. Sans compter le stock de numéros de baby-sitter à toujours avoir sur soi pour parer à une éventuelle urgence. Ça c’est de la charge mentale. Plus que la double journée qui attend les femmes en rentrant le soir à la maison, il s’agit vraiment de deux mondes qui s’interpénètrent. On en vient chaque jour à devoir se démultiplier psychologiquement et physiquement. Et en réalité nous sommes toutes et tous concerné(e)s. Nous souffrons toutes et tous de charge mentale, mais n’y avons pas la même tolérance.

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