Changer d’indicateurs de richesse pour favoriser l’égalité hommes femmes

Demander des quotas, des lois sur l’égalité salariale, ou, pour reprendre l’expression de Laurence Parisot « que les mecs soient moins misogynes et moins machos » c’est très bien. Mais pour parvenir à l’égalité entre hommes et femmes, il faut revoir en profondeur les règles de notre économie, c’est-à-dire penser un nouveau projet de société.  Si l’installation de nouveaux indicateurs de richesse par l’INSEE, dans la foulée du rapport Stiglitz, est bien menée, elle peut conduire à ce progrès. Si elle est torpillée…

Aujourd’hui, le Graal, c’est le Produit intérieur brut (PIB) . Or le PIB ne compte qu’une partie de l’activité humaine autrefois dévolue entièrement aux hommes : la création de biens et services marchands. L’activité humaine indispensable qui consiste à s’occuper du bien-être des populations n’entre pas dans le calcul de la richesse : nourrir, soigner, éduquer, préserver un environnement propre, organiser les loisirs… Bref ce qu’on appelle le travail domestique et familial tombe dans les oubliettes de l’économie. Or, aujourd’hui encore, les femmes en sont les dépositaires et il a été calculé que ces activités représentent près de 50 % du PIB.

Aujourd’hui, tout ce qui est fait -traditionnellement- par l’homme a de la valeur et ce qui est fait -traditionnellement- par la femme n’en a pas. Exemple l’alimentaire. On rémunère le travailleur qui cultive la matière première, celui qui l’achète à l’agriculteur, celui qui achemine les biens vers le point de vente, celui qui gère les stocks, celui qui vend… Et puis tout d’un coup un travail comparable devient gratuit : la ménagère qui achète, transporte jusqu’au domicile, gère ses stocks, cuisine, conserve, prépare la table, la débarrasse, veille à l’équilibre du menu… est invisible dans l’économie. Son travail n’a aucune valeur avec nos indicateurs de richesse actuels. Si de nouveaux indicateurs permettent de valoriser ce travail au même titre que le travail de la première étape… Et pas seulement de façon monétaire, on a des chances de devenir plus égaux

Si  ce travail familial et domestique entrait dans  la mesure de la richesse au même titre que les activités créatrices de PIB, nos sociétés trouveraient un nouvel équilibre. Mais ce n’est pas simple à mettre en œuvre. Compter ces activités en valeur monétaire pourrait conduire au salaire maternel… Ce qui va à l’encontre de l’égalité entre hommes et femmes.  Il faut s’appuyer sur des enquêtes budget-temps, mais pas seulement. Bref c’est complexe mais pas impossible.

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